Une crevure égoïste, qui ne recherche que la satisfaction minable d’avoir un ego aromatisé à la fraise.

Un minable paumé qui abuse de la détresse d’un monde qui s’enferme dans la solitude comme dans une tour d’ivoire.

Un profiteur sans remord de la seule alternative usée de nos jours au repli communautaire : l’individualisme connecté au Tout (concomitant au Rien, comme l’explique si bien un philosophe dont j’ai non seulement oublié le nom, mais aussi l’existence. Ou alors, il était allemand).

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Ou bien un gogo comme tout le monde qui fait mumuse avec l’ADSL. Y en a bien qui vont sur Ebay…

 

Mais ce n’est qu’un simple pêcher d’orgueil, Georges. Une toute petite satisfaction sans conséquence. Tiens, même, plus je suis marié, moins je pratique cet onanisme séductif.

 

Voilà : je suis avec ma merveilleuse et aimée depuis, quoi, trois ans ? Pourtant, je me suis inscris sur un site de rencontres.

 

Je me suis marié, depuis, mais je n’ai toujours pas résilié mon inscription.

 

Entendons nous bien, ça n’est pas le singe qui a toujours une branche de rechange, ni la caricature de l’homme marié qui a un œil qui dit merde à l’autre à force de regarder du coin de l’œil. Je comprends toutefois cette envie typiquement masculine, peut être un brin tinté du fantasme polygamique, de rêver d’autres paysages sans désirer de conséquence. S’organiser des parenthèses de vie, histoire de se faire un peu peur, de s’imaginer sans cette sécurité qu’apporte le Couple.

 

Ca reste pour moi de l’ordre de l’imaginaire, le regard d’une passagère de transport collectif, le sourire discret de celle qu’on croise tous les jours sur le chemin du boulot…

 

Mais bon, ça, encore, ça reste innocent et romantique. Alors que les sites de rencontre…

 

Pour tout dire, au début, ça avait un coté Argus. Pas le Dieu, le journal. Non, je confonds avec Argos. Qui d’ailleurs n’est pas un Dieu mais une ville. Enfin bon.

 

Disons que, envahit malgré moi par l’ambiance « extension du domaine de la lutte », je voulais savoir quelle était ma cote.

 

Bon, pour tout dire, pour moi, c’est 500. C’est très mathématique, c’est mon coefficient séduction.

 

C’est très sérieux : vous prenez la statistique générale, vous la divisez par le nombre de contacts appuyés, que vous divisez par le nombre de contacts effectués, et multipliez par le nombre d’essais transformés.

 

Moi, je sais pas, mais 500, c’est bien, je suis content.

 

Bon, évidemment, les dés sont pipés. Je mens. Je sous-entend que je suis à la recherche de l’âme sœur, alors que j’ai déjà un coefficient 3 en âme sœurs (nombre de sœurs multiplié par nombre d’âmes. J’ai trois sœurs et une âme).

 

J’y ai pensé, et j’ai voulu changer mon annonce, dans un élan de « quand même c’est pas bien ». J’ai voulu dire que j’étais marié, que je ne cherchais rien d’autre que des conversations sans importance, des jeux de bille dans la cour de récréation.

 

Mais, quelques jours plus tard, les gens pleins de moralité du site de rencontre m’ont informé qu’ils ne pouvaient publier mon annonce car elle ne « correspondait pas à l’éthique de leur organisation ».

 

Bon. Méditant sur le sens de cette éthique, je continue mon jeu sans importance. Jusqu’à ce que la jeune fille du métro me ramène aux douces réalités : c’est quand même mieux de rêvasser en vrai…