Tiens, ça faisait longtemps que je n'avais pas parlé dans le désert...

C'est marrant, cette sensation d'avoir envie de dire quelque chose pour résoudre les problèmes du monde. Je devrais faire mienne cette citation de je sais plus qui, "le monde marcherait mieux si tout le monde faisait comme je dis qu'il faut faire" (une citation du patrimoine intellectuel collectif, certainement).

L'avantage de mon boulot à la con, c'est que j'ai plein de temps pour réflechir et me tenir au courant de ce qui se dit principalement dans Libé, le Monde, et Rezo.net. Et aussi à l'assemblée nationale et au sénat, si, si, je lis les rapports du sénat. Impressionnant, hein ?

J'ai impressionné ma femme quand j'ai utilisé ma ligne de budget "loisirs", celle qui est entre "budget clopes" et "budget coiffeur" (la dernière se reportant souvent sur la première, d'ailleurs), pour acheter le pavé de mille pages de Robert Fisk, "La grande guerre pour la civilisation". Elle est impressionnée, ma femme. Par le fait que je n'ai rien à dire sur les aternoiements sentimentaux de Kévin avec Cynthia, mais que je peux tenir deux heures de monologue sur la nécessité de ré-allouer les subventions de la PAC au développement de l'agriculture bio, et de ne pas tomber dans le piège de l'éthanol quand on sait que l'agriculture intensive est un désastre écologique et économique, et qu'on en arrive nécessairement à la nécessité impérative de la décroissance comme le préconisait le rapport Burtland en 1987, qui précédait le sommet de Rio en 92 et a été sabré par la création de l'OMC, j'arrête, ça me reprend, je m'emballe, et je vais perdre le fil de ce que je voulais dire.

N'empêche qu'on voit bien maintenant que ce rapport était prémonitoire, oui, pardon, j'arrête.

Tout émoustillé par l'admiration de ma femme (c'que c'est bon...), j'en oublie de lui rappeler qu'un vrai passionné de politique qui voudrait faire quelque chose pour changer le monde ne se contente pas de lire le journal, de pavoiser devant sa femme et son chat, et d'écrire des trucs que personne ne lit, snif.

Bon, promis, je vais m'y mettre, mais l'enfer, c'est les autres, et je les voie déjà, tapis dans l'ombre, prêt à me faire changer d'avis avec leurs arguments bien plus fouillés, structurés, et surtout convaincus que les miens. Les salauds...

Alors que, comme je le rappelais, le monde irait beaucoup mieux si on faisait comme je dis. Mais les gens sont méchants, et ils croient que c'est eux qui ont raison (c'que les gens sont bêtes, quand même...) !

Bon, qu'est ce que je voulais dire sur les derniers évenemments d'actualité ?

Oh, pas grand chose sur les banlieues, si ce n'est une réflexion de ma femme. Elle a presque hurlé de rire quand elle a entendu que des émeutiers lancaient des boules de pétanques sur les CRS.

"Et vous dites que c'est un problème d'intégration ? Mais ils sont intégrés, ils utilisent des  fucking boules de pétanques !"

C'est vrai qu'ils nous gavent, avec leur "problème d'intégration", "déficit du modèle républicain", etc. Encore une fois, on se défausse sur l'immigration. Encore une fois, c'est l'immigration le problème, à la base. J'ai même lu, dans le Figaro (oui, je lis le Figaro au boulot, pour qu'on me traite pas d'unilatéral idéologique) que les émeutiers étaient surtout Noirs, et que c'était parce que les familles d'Afrique sub-saharienne (j'adore l'usage de cette expression pour pas dire "Noir" et ne pas sembler raciste...) avait coutume de laisser l'éducation de leurs enfants au village entier...

Plus gerbant encore, j'ai entendu le compte rendu du procés de Jérémie, le gamin qui a pris quatre ans ferme pour avoir brûlé un magasin, insistant sur le fait que ses parents avaient tenté de l'empêcher de rejoindre "ces gens-là", et qu'il avait juste voulu "suivre les autres". Sous entendu : ce bon petit Français avec un bon petit nom Français est victime de la mauvaise influence des jeunes de son quartier, qui eux sont comme ça à cause de la culture de l'Afrique sub-saharienne qui laisserait les gamins faire ce qu'ils veulent sans aucun contrôle...

Et on ose dire que nos médias sont meilleurs que les médias des autres pays, comme, par exemple, allez, au hasard, les Etats Unis où tout le monde regarde Fox News...

Mais bien sûr...

Ils seraient heureux si ils faisaient plus de 5% d'audience, mais passons...

J'adhère beaucoup à la définition de ma femme des Français : ce sont des moutons imbus d'eux-mêmes et tranquillement, presque innocemment, racistes.

Au risque d'être d'accord avec ce que disait Jack Lang sur la BBC, les dernières émeutes sont la preuve que "ces gens-là" sont on ne peut plus intégrés. Ils ont fait une magnifique démonstration de leur compréhension de la devise "liberté, égalité, fraternité". Et ils ont bien compris que cette devise n'est pas appliquée. Et que le problème n'est pas l'immigration. Ni même l'intégration. Le problème, c'est le racisme tranquille de la population. Et leur gouvernement autiste et hypocrite.

Mais bon, on va faire confiance à la police pour ramener le calme, puisque c'est la priorité...

(Quand je lis cette phrase, j'ai une de ces envies de prendre un bouteille en verre, mélanger du savon liquide avec de l'essence, insérer un tissu dans l'embouchure, et jeter ça sur la préfecture...)

(Tiens, peut être que cette dernière phrase va me valoir une visite de la police...)

(Pourtant, pour moi, un cocktail molotov, c'est de la vodka, du grand Marnier et du sirop de fraise, frappé et but cul sec. L'autre recette, je l'appelle "cocktail certes extrème mais circonstancié"...)

Oh, j'y pense : le discours de Chirac !

Passons sur les platitudes qu'ils nous ressort tous les dix ans : pourquoi le Grand Con (tm) a-t-il ressorti ses lunettes ?

Moi, ça m'a fait pensé à ces photos, où on le voit visiter des installations nucléaires avec son pote Saddam Hussein...

Passons à un autre sujet, plus débatoire (ça se dit ?):

Je me suis intéressé à un concept qui mérite débat : la TVA sociale.

Ca va peut être paraître surprenant, mais je trouve le concept intéressant.

(Non, non, j'ai pas pris ma carte à l'UDF, et je ne suis pas partisan de DSK à la présidence...)

J'explique un peu l'idée :

La TVA sociale, c'est reporter certaines charges qui pèsent sur les salaires sur la consommation.

Dans son rapport au sénat (j'ai lu ce pavé de 500 pages, si, si...), Jean Arthuis défend son idée comme suit :

Si on reportait certaines charges sociales sur deux ou trois points de TVA supplémentaires, le gain serait tel (de l'ordre de 15 milliards) qu'on favoriserait la compétitivité française en deux temps :

- salaires bruts charges patronales incluses moins onéreux

- les produits importés paieraient notre "modèle social" (je croyais qu'il était redistributif, mais passons)

- nos produits BBR (bleu blanc rouge), n'étant pas soumis à la TVA, deviendraient plus compétitifs.

Autant le dire tout de suite : l'idée m'a séduit. Adepte de la décroissance, toute mesure qui tendrait à réduire la consomation des sous merdes qu'on nous vend comme du rêve me fait bicher.

Par ailleurs, un constat s'impose: financer la sécu sur les salaires, quand il y a du chômage, c'est un peu suicidaire. La CSG est là pour redistribuer, mais bon, ça fait peur aux investisseurs, ils sont terrifiés à l'idée de perdre 16 % (taux appliqué aux plus values, avant la réforme fiscale qui va la ramener à que dalle pour encourager le patriotisme économique et l'investissement des épargnants). Vous avez remarqué comme les investisseurs sont peureux ? Une menace de pénurie du pétrole, pouf, plus 20 % d'augmentation ! On a envie de les prendre dans nos bras et de leur faire un câlin, pour les rassurer. Tiens, Ernest Antoine, prend ta tétine...

Bon, où j'en étais ?

Ah oui.

Donc, reprenons les avantages positifs : nos produits deviendraient plus compétitifs sur le marché intérieur (hausse des prix des produits importés) et sur le marché extérieur (baisse du coût d'un produit).

Rappelant que, alors que la croissance stagne et que l'emploi peine à rattraper les départs à la retraite, la consomation, elle, se porte bien. Elle se porte surtout sur les produits venant de pays où la protection sociale est MBQPECWWW ( la Meilleur Blague Qu'on se Partage Entre Courtiers, Warf Warf Warf).

Donc, taxer des pratiques anti-sociales, c'est tentant.

Taxer la consomation dans un monde où il faudrait une douzaine de planètes pour soutenir une croissance mondiale qui amènerait le Bengladesh à notre niveau, ce serait même une mesure de salubrité.

Enfin, rendre les entreprises plus compétitives, ce serait un frein aux délocalisations, voire même un outil de relocalisation. Et ça, c'est bien, parce que d'une part, ça donne du boulot à tout le spectre de l'emploi (il est stupide de dire que l'Europe s'en sortira quand tout le monde sera ingénieur, comme Monsieur Sylvestre, de France Inter, pas des Guignols, le serine une chronique sur deux), et d'autre part, parce que le transport de marchandise de Montluçon à Guéret est moins polluant que de Dehli à Paris.

Bon. Voilà pour les arguments pour. Je dois avouer que je me suis laissé séduire.

Or, voilà t'il pas que j'ai réflechi. Aïe bobo la tête.

- cette mesure ne serait valable sans hausse des salaires. A ce sujet, je trouve joli la formulation de Jean Arthuis dans son rapport : la réforme serait pleinement efficace en cas de "modération des revendications salariales". Sans parler de pouvoir d'achat et de toutes ces revendications communistes : si les Français consomment moins du fait de l'augmentation de la TVA, l'économie ne s'améliore pas. Les exportations, s'est bien, mais la France n'est pas exportatrice comme l'est l'Allemagne. Voilà un paramêtre à prendre en compte. D'où la nécessité de partager les profits. Par exemple, baisse des côtisations patronales de deux tiers, et des côtisations salariales d'un tiers (ou l'inverse, mais j'ai tellement de peine pour Ernest Antoine quand il me regarde avec ses yeux mouillés en suçant sa tétine rose que je veux lui faire plaisir).

- Selon son rapport même, les bénéfices en terme de croissance et d'économies seraient quasiment indécelables. De l'ordre de dix fois moins que les 35 heures, aïe, maintenant c'est Jean Arthuis qui me regarde avec ses yeux mouillés...

- C'est rigolo, mais il se trouve que j'étudie les finances publiques, ces temps-ci. Et qu'il est dit dans la constitution que le budget se doit de respecter l'unité. C'est à dire qu'on ne peut allouer directement une recette à une dépense. La TVA ne paye qu'exceptionnellement les dépenses sociales. L'Unedic et la Sécu se payent sur les salaires, point. A l'état les recettes fiscales (TVA, impôts sur le revenu, etc.), aux organismes sociaux les côtisations sociales. Donc, constitutionnelement, il est impossible de définir une TVA Sociale dans la loi. Par contre, on peut voter une hausse de la TVA, puis dire que l'état subventionnera les organismes sociaux à hauteur de 3 points de TVA, comme ça, au jugé.

Ca me rappelle quelque chose. La vignette auto, qui était censée rapporter des sous aux vieux... Promesse électorale qui se rapporte à que dalle passque voyez, la conjecture est élastique, zoïng zoïng...

Là, nous avons une magnifique démonstration de la TVA Sociale ou "comment entuber une fois de plus les salariés sous leurs applaudissements"...

- dernier argument contre, et ça me fait de la peine, parce qu'encore, une mesure qui pénaliserait la consommation de DVD et de 4x4 me procure une sensation intime de plaisir proche de l'érection : la TVA est un outil de compétitivité pour nos produits, OK. Dans ce cas, pourquoi ne pas l'utiliser dès maintenant, et baisser de ce fait les charges sociales qui pèsent sur nos entreprises, un instant, faut que je mette Ernest Antoine et Jean devant un Disney histoire qu'ils me lâchent un peu. En ponctionnant pour ce faire des budgets grotesques comme celui, par exemple, au hasard, celui de l'armée...

- Dernier argument pendant que les enfants regardent Nemo : le modèle social Français, si je ne m'abuse, est redistributif. Le gouvernement, et même la prétendue opposition, font du détournement de langage quand ils prétendent défendre le modèle social et baissent les impôts.

Alors bon. Conclusion.

La TVA sociale n'est jamais qu'une hausse de la TVA. Aux gouvernements de décider s'ils subventionnent ou pas les organismes sociaux (de là : danger des dérives par rapport aux promesses). Aux entreprises de décider si elles préfèrent le profit immédiat ou la redistribution de leur richesse. C'est marrant, j'ai dans l'idée que l'idée ne viendrait pas automatiquement à l'un ou à l'autre...

Fini, l'idée séduisante. Tant pis. Au dodo, les enfants...