Alors, monsieur le Policier, voilà la situation :

Ma femme est de nationalité américaine. Nous nous sommes mariés en 2005. Oui, je l'avoue, s'il n'y avait pas eu cette différence de nationalité, nous ne nous serions certainement pas mariés. Ca n'a pas de signification réelle pour nous, si ce n'est l'occasion de réunir ceux qu'on aiment et de se bourrer la gueule en Anglais et en Français jusqu'à cinq heures du matin. Mais on est rentrés en bus, hein, pas d'alcool au volant, houla, non...

Toujours est-il, voilà, nous sommes mariés. Avec un peu de chance, elle pourra faire sa demande de nationalité dans trois ans, qui sera traité dans l'année qui suit. Enfin, moi, j'ai surtout connu des gens qui attendaient parfois quinze ans, mais bon, oui, c'était des magrhébins, et, oui, monsieur le Policier, ils sont accueillis dans notre magnifique pays et ils se plaignent d'un rien, quels ingrats, hein...

Je ne vous ferais pas l'injure de quelques réflexions humanistes quant au traitement qu'on inflige à des populations entières sous prétexte de leur origine socio-culturelle et géographique. Non, depuis que c'est une valeur d'extrême gauche, j'ai viré tout ce que ma bibliothèque comptait d'humanisme, des essais de Pascal (oui, oui, les vieux billets de 500 balles, c'était le bon temps, hein ?) aux brulôts de Bourdieu, de toutes façons, c'étaient des sales communistes, ha, parlez moi du péril rouge...

Bon, toujours est-il, je me suis marié avec une citoyenne des Etats Unis. Oui, un beau pays, avec une police qui a des moyens. Enfin, moins de moyens que vous, en fait, mais ils ont le droit de tuer, eux, au moins... Avec le discernement du à l'expérience, oui, bien sûr, certainement...

Bon, disons-le tout net : ma femme est étrangère, voilà. Oui, oui, j'entends bien que c'est pas pareil, c'est des bons étrangers, mais voilà :

Il se trouve que nous vivons dans un état de droit. C'est à dire que toute loi s'applique à tout le monde. Donc, les lois que passe votre patron (béni soit son nom) contre les méchants immigrés plus ou moins colorés qui veulent venir pointer aux Assedics dans notre splendidement incroyablement beau pays, toutes ces belles lois s'appliquent aussi à ma toute européenne de femme (quoique certains disent qu'elle aurait du sang amérindien du côté de son père, mais bon).

Je me doute bien que votre Saint Patron modifiera cette abbhération qu'est l'état de droit, mais bon, vous savez ce que c'est, ça va certainement faire des complications administratives, tout ça.

Alors, d'ici là, j'ai une petite frayeur.

Dans un mois (en juillet 2006), une merveilleuse petite fille va advenir de notre union. Or, nous comptons bien lui parler dans la langue de Molière comme dans celle de Shaekespeare. Et lui faire profiter des chances de la double nationalité. Comme ça, quand un pays devient vraiment trop pourri, arriéré, cul béni et intolérant, elle peut aller dans l'autre pays. Quoi? Oh, oui, bien sûr, je parlais des Etats Unis, bien sûr, bien sûr... Georges Bush, hou, mauvais, hou, quoique j'ai du mal à définir la différence profonde entre son Patriot Act et ce que nous pond l'actuel gouvernement, quoi, non, j'ai rien dit, moi...

Bon, j'y viens, j'y viens : voilà, j'ai lu qu'il était question de refuser la nationalité aux enfants qui parleraient la langue d'origine de leurs parents.

Hum.

Comment qu'elle ferait, ma femme, s'il m'arrivait quelque chose ? Sans attaches juridique à ce pays exepté son enfant, il ne faudra plus qu'elle lui parle anglais, afin qu'elle ait une chance d'avoir la nationalité (de ce beau pays magnifique et tout et tout) sa majorité venue ?

Et à l'école ? Il faudra l'interdire de cours d'anglais ?

Alors bon, tout respect conservé à l'égard de votre Saint Patron, ça serait pas contre productif, ses mesures ?

Je dis ça non pas pour tous ces enfants qui font le lien entre leurs parents maîtrisant mal le français et ce (putain de la vache qu'il en pête de) pays en leur traduisant dans leur langue d'origine les formulaires administratifs plein de jargon que personne n'a eu l'idée de traduire, non plus pour tous ses clandestins qui ne vont plus avoir le choix que celui de la criminalité pour s'en sortir, et encore moins pour le désert artistique qui adviendrait dans une société repliée sur sa culture qui sent quand même bon le purin...

Non, je ne dis rien en rapport de tout cela. Je fais tout pour devenir de droite : je ne pense qu'à moi et à mon confort personnel sans voir plus loin que le capot de mon 4x4...

Et c'est justement pour cela que...

Voilà, toute modestie mise à part, ma gonzesse, elle est vachement forte. De l'avis des entreprises de nôtre tout nouveau pôle de compétitivité en pharmacie, ici à Lyon, c'est la meilleur formatrice en anglais du Rhône. Et si Sarko passe en 2007, on émigre à San Fransisco. Oui, on va tester ce que ça donne pour moi, le système d'immigration... Mais n'empêche : ça sera de la fuite des cerveaux.

C'est con, hein ?