14 septembre 2006
Aïe
Hier, dure journée d'élevage de bébé. Ne dort pas comme il faudrait, ne mange pas comme il faudrait, est crevée et sais le faire comprendre.
Moi, après une nuit à me battre contre des Allemands alcooliques, je dors plus ou moins bien jusqu'à 15 heures.
Au reveil, histoire d'être un peu efficace, je note la liste des courses pendant le p'tit dèj. Ma chère et tendre douce compagne me rejoint, soupire, exténué. Elle commence à parler, je note juste "café" sur la liste avant de reposer le stylo, et là, elle explose en proverbiale scène de ménage (arguments classiques d'égoïsme, de manque d'attention et d'incommunicabilité). Parce que j'ai écris "café" au lieu de l'écouter.
Le lendemain, elle m'avoue que cette explosion avait une raison bien connue, mais que nous avions oublié, après neuf mois de grossesse : les ragnagnas.
Et merde.
Bon, on s'y met quand, pour le gamin suivant ?
27 juillet 2006
Milena Rose 1.1
Avoir un enfant, c'est un peu comme un jeu vidéo, en fait...
(Là, si mes soeurs et ma femme lisent ça, et si la canicule actuelle ne leur a pas bouilli la fibre maternelle un brin moralisante, je devrais me faire incendier comme un maquis en plein mois d'août...).
Je reprends pour les improbables qui n'auraient pas suivi les épisodes précédents : avec ma tendre épouse, nous avons enfanté. Ca en a traumatisé plus d'un, à commencer par le chat, qu'on a dû mettre sous Prozac pour qu'elle tienne le coup. Véridique, le Prozac pour chat, ça existe.
Passons sur les poncifs: l'accouchement s'est très bien passé, le bébé va très bien, la mère n'a même pas eu mal (dommage...), je gâtifie à mort, on passe des heures à la contempler, elle a le menton de sa mère et les oreilles de son père. Selon d'autres, elle a aussi des airs d'une de ses cousines, de son grand père, de ses tantes, de plein d'autres gens que je ne connais pas et dont je ne suis pas bien sûr du lien génétique (oh, arrêtez de déconner, elle peut pas ressembler au frère adoptif de ma femme !); elle ressemble à tellement de monde qu'à la fin, elle ressemble à elle-même, point, et arrêtez de la prendre en photo avec le flash, bordel.
Tiens, à ce propos, en présence des sages femmes, ma bien aimée et moi-même, on a encore fait dans le cliché du couple franco américain :
Elle : Oh, elle est trop belle, elle est trop parfaite, elle est trop etc.
Moi : C'est marrant, tu trouves pas qu'elle ressemble à Ioda, dans Star Wars ?
Chacun d'entre nous étant absolument sincère. En tout cas, moi, Ioda, il m'a toujours ému. Surtout dans l'Empire contre attaque.
Pour ceux qui ne savent pas ce que ça fait d'avoir une petite fille, je vais tenter d'expliquer :
C'est hypnotique. Je peux pas la lâcher du regard. Adepte de la sieste, hé bien, même quand elle dort (enfin), je ne m'endors pas, je la regarde. La p'tite bouche, le p'tit nez, les p'tites mains, les p'tits pieds, les p'tits poils sur les oreilles (il paraît que ça tombe au bout d'un moment, mais je touche du bois)...
C'est métaphysique. Penser qu'on a pu être pour quelque chose dans l'existence de cette petite chose qui dort, respire, regarde (et aussi bouffe toutes les heures et chie jaune fluo, oui...), penser que c'est grâce à nous (ou à cause de nous si elle devient dictateur sanguinaire) qu'elle EXISTE... La vache, j'me prends pour dieu, d'un coup... Je comprends maintenant enfin pourquoi nos parents nous paraîssent lourds, souvent. Et je devine que, tôt ou tard, je le deviendrai à mon tour...
C'est grave. Du sérieux. Du responsable. Plus question de déconner, de tout lâcher pour aller faire la tournée des bars européens. On a tous plus ou moins (en tout cas, moi, j'ai) le fantasme de "et si je pouvais tout recommencer ?". Reprendre tout à zéro pour revivre sa vie en mieux. Sauf que le p'tit regret de tous les gens qu'on ne connaitrait plus puisque cette vie 2.0 nous amènerait à d'autres rencontres, d'autres routes, ce petit regret devient insurmontable quand il s'agit de ce p'tit machin rose.
C'est maniaco-dépressif. Je passe l'aspirateur sans que ma femme me le demande trois fois, comme c'était avant. J'ai lu quatre bouquins, en anglais et en français, chacun d'au moins 400 pages, sur la première année du bébé. Je jette des dosettes de sérum phisiologique à peine entamées. Je lis la composition des trucs qu'on achète à manger non pas parce que j'ai rien d'autre à lire sous la main, mais parce que ça m'intéresse!
Ca rend violent. J'étais déjà méprisant à l'égard des cons de la route. Depuis que j'ai expérimenté la poussette en ville, je suis pour la peine de mort immédiate et sans jugement pour non respect de la priorité aux piétons sur un passage clouté. Surtout à l'égard de la Golf rouge, vendredi dernier vers 15 heures, avenue de Saxe, ouais, je t'ai repéré, fais gaffe...
Sinon, pour le reste, c'est un peu comme un jeu vidéo.
(Tiens, c'est la première fois que je retombe sur mes pattes après deux pages de tergiversations, dis !)
L'autre jour, je dois admettre que j'avais besoin de souffler un peu (même si on se couperait les bras pour le bonheur de cette petite fée, elle est usante, des fois, quand même...), et je me suis dit "tiens, je ferais bien une course de voiture en jeu vidéo".
Urgence "couche-pleurs-keskelakivapa-mondieu-foalléàlopital !" oblige, ça m'a passé très vite. Mais je me suis fais une de ces réflexions comme on devrait ne pas les confier tellement c'est nul, mais je suis un bavard.
En fait, c'est un peu comme un jeu vidéo, d'être un parent.
Tu pars avec un bagage d'artefacts (la maison sans trucs dangeureux qui traînent, le siège bébé, le sac à langer dépliable à emporter partout), quelques pouvoirs (change une couche en quinze secondes, sait chanter juste trois cents contines dans quinze langues différentes et à deux voix, sait calmer un bébé d'un geste de la main genre zwouff, elle pleure plus) et une avance de crédit de sérénité de 1000 points.
Après, il faut que tu déplaces sur différents plateaux. Disons la clinique, la maison, le supermarché, le lac.
Le principe, c'est qu'il faut que tu ailles sur chaque plateau pour accumuler des points, parce que ces points disparaissent peu à peu si tu ne fais rien, ou plus vite si bébé pleure.
A la clinique, si tu passe l'épreuve du bain sans avoir noyé, brûlé, mis du savon dans les yeux du bébé, tu gagnes 100 points. Si tu a gardé ton calme quand elle a chié au moment où tu prenais sa température, tu as un bonus de 50 points.
Par contre, si tu suis à la lettre les conseils d'une première sage femme, démentis par une seconde, confirmé par une troisième, au sujets desquels une quatrième sage femme a haussé les épaules, et que tu te fais engueuler par une cinquième parce que ton bébé a non seulement perdu 300 grammes en trois jours mais en plus a une température de 36.4, t'es dans la merde. Moi, j'ai perdu 200 points, avec leurs conneries. Plus 50 pour avoir engueulé une des sages femmes qui n'y était pour rien (dans les maternités, c'est JAMAIS la même sage femme qui te donne les conseils et revient le lendemain pour voir ce que ça donne...).
A la maison, si tu arrives à ordonner dans un espace de 10 mètres carrés la table à langer, le lit, la bassine pour les bains, l'armoire à vêtements et la pile de peluches offertes par tes copains de sorte que tu ais tout à portée de la main gauche sans que jamais ta main droite ne quitte le bébé qui attend qu'on le change, et que tu puisse encore passer l'aspirateur, tu gagnes 200 points.
Par contre, j'ai perdu 100 points le jour où je me suis aperçu que j'avais oublié d'acheter des couches. J'ai jamais couru aussi vite jusqu'au supermarché du coin. Ni payé des couches aussi cher. Ha, ça, rien à voir avec le classique "y a plus de PQ"...
Au supermarché, déjà, tu perds 100 points pour le simple fait d'avoir amené un bébé dans un endroit climatisé à 15 degrés quand il en fait 35 dehors, et une épouse qui a des montées de lait dès qu'elle entend un enfant pleurer.
Si tu chopes tout, mais alors là vraiment tout ce qu'il faut, sans rien oublier, tu gagnes 300 points. Si le bébé pleure de faim en pleine galerie marchande et que ta femme est obligée de donner le sein sous le regard d'une bande de jeunes goguenards, tu perds 100 points, et tu dors sur le canapé les deux nuits suivantes.
Le lac. Ca, toute ta petite famille a besoin du lac, pour décompresser, pour sortir de la ville, pour prendre le soleil, pour se rafraîchir...
T'as oublié l'écran total spécial bébé. Tu perds les points gagnés au supermarché, tu dois y retourner, et ajouter deux nuits sur le canapé.
Et là, c'est certainement une des parties les plus rigolotes du jeu : tu dois écarter tous les insectes, les ballons de plage, les "maman, regarde, je fais la bombe", sans écraser de moustique sur les joues de ton bébé, sans crever les ballons à coup de canif, sans noyer les enfants des autres, et en mangeant une tartine de brie qui est tombée dans l'herbe et les crottes de chien. Si tu t'en sors sans t'engueuler avec ta femme, tu ramasses 500 points, et tu débloques l'épreuve suivante : le voyage en voiture...
A la fin du jeu, tu as une somme de point qui te donne une idée de ton succès.
Au plus haut : ta fille est une personne équilibrée, qui comble ses parents, qui vient juste de décrocher le prix Nobel d'astrophysique, et qui aura le bon goût d'être lesbienne pour que son papa soit le seul homme de sa vie (oui, j'exagère, d'accord...).
Au plus bas : tu finis ta vie divorcé, alcoolique, avec une fille qui ne te parle plus et qui suit une psychotérapie sur vingt ans pour se débarasser du traumatisme du jour où t'as oublié l'écran total et les couches lors d'un voyage dans une voiture sans clim dans les bouchons du mois d'août, et que tu l'as giflée en essayant d'écraser un moustique.
Je peux assurer que c'est un jeu prenant, ah ça oui. Le problème c'est que y a pas de cheat codes, et encore moins de "annuler l'action précédente"... Et que y a pas de jeu parrallèle qui te permette de gagner des points en écrasant des piétons avec ta voiture, et regagner ainsi des points de sérénité...
C'est bien dommage...
17 mai 2006
Ah, que ça fait mal...
J'ai relu Echenoz, "Je m'en vais" (éditions de Minuit, je conseille et l'auteur, et l'éditeur), retrouvé cette desciption de l'effet que peut faire une vraie très belle femme sur un quidam la croisant: pas une érection, pas du désir, non, une sorte de douleur au niveau du plexus.
(Il le dit beaucoup mieux que je ne le répête, mais je cite de mémoire, prenant sur mes heures de travail pour agrémenter cette section hélas auto censurée car surveillée par ma femme, mes soeurs, mes beaux parents, et la CIA qui me surveille en permanence depuis que j'ai pissé un soir de juillet 2003 sur la façade est du Pentagone, véridique)
Je pourrais ajouter une autre citation ayant le même sujet, du regretté Grosse Fatigue, "Aaaah, on est peu de chose...".
(Beaucoup plus facile à se rappeler, celle là)
Du désespoir. Un sentiment d'infériorité. Un peu d'amertume, mais rien contre la vraie très belle femme qu'on vient de croiser : juste une sensation de vide qui s'ouvre soudain, dans lequel on aurait même pas la force de tomber.
C'est peut être le même sentiment pour les comètes quand elles passent à côté des planètes.
Bon, mais il faut que je définisse ce que c'est qu'une vraie très belle femme, pour qu'on me comprenne.
Ca n'a rien à voir avec les jolies filles. Encore moins avec les "poufs", mais je n'évoquerai pas ce sujet méprisable.
Non, la jolie fille est fraîche, elle naît pile en même temps que le muguet (vous avez remarqué ? Dans la rue, il y a toujours un jour précis par an, généralement début mai, où les jolies filles sortent).
Elle peuvent être habillées sexy (sans tomber dans la pornographie, mais j'ai dit qu'on ne parlerait pas des poufs), ou bab, ou n'importe quoi, ce n'est pas le vêtement qui les rend jolies. C'est simplement leur fraîcheur, leur sourire ou leur rire qui les porte au statut de "jolies filles".
Je ne parle pas non plus des personnes qu'on aime. Catégorie bien à part. En fait, catégorie qui surclasse toutes les autres, tant leur présence, leurs gestes, leur parole sont d'un réconfort qu'on en vient à ne vouloir que rester là, à les regarder, dites, ça se voit vraiment quand je fayotte ?
Non, les personnes qu'on aime sont, assez bêtement, des personnes qu'on trouve belles parce que leur visage nous évoque des souvenirs. C'est un peu comme si on les avait modélé comme belles. D'une beauté connue de nous seuls. Intime.
Mmh... Un truc que je pourrais répêter à ma femme, ça... Pas mal, je vais le garder.
Revenant aux vrais très belles femmes, ce sont simplement des apparitions. Elle avancent avec dignité, mais sans être hautaines. Elles sont simplement belles d'abord, puis respirent une beauté de caractère, une douceur et une ouverture, puis s'habillent avec goût... Elles accumulent les couches de beauté. Ce sont des lasagnes.
Elles donnent d'entrée l'impression qu'on aura pas de prise sur elles. Aucune aspérité où s'accrocher. Aucun défaut qui nous rappellerait nos propres défauts, nous feraient nous ressembler un peu.
Non, contrairement aux jolies filles qui sèment des brins de soleil sur leur passage, contrairement aux femmes qu'on aime qui nous ont carrément installé la baie vitrée plein sud dans notre vie, la vraie très belle femme ne laisse que la pluie derrière elle.
C'est bien triste, et je connais bien des mysogines qui leur doivent un parapluie permanent...
A leur corps défendant (ou alors c'est un complot, mais il serait quand même sacrément vache), parce que je suis sûr qu'elles ont bien une vie, des amis, des amours... non ?
J'en ai vu une, pas plus tard qu'hier. Une Russe, et gentille, et souriante, ah, c'est atroce... Entourée d'autres Russes, modèles "crise économique", valises sous les yeux, odeur d'alcool, dents gâtées et agréables comme autant de sous marins Koursk. Ah, c'est atroce...
J'ai souvenir d'une autre, moitié Japonaise, moitié Brésilienne, et pourquoi moi mon patrimoine génétique ne mélange que Normandie et Allier, ah c'est atroce...
L'effet le plus notable des vraies très belles femmes est qu'on oublie leur physique dans les minutes qui suivent. Comme si le cerveau, repérant un corps nocif sautillant de synapse en synapse, rejettait en bloc l'image de l'apparition. Ne reste que la sensation qu'on a éprouvé comme un reste d'électricité statique, et des détails idiots comme autant d'empreintes indélébiles (la Russe portait des vêtements très colorés, et la Japono-Brésilienne avait peur des taxis).
Ah, c'est atroce.
15 mai 2006
Le chat me fait flipper
Enfin, il s'agit d'une chatte, mais je sais pas pourquoi, ça fait bizarre, à dire.
Curieusement, moins que "c'est un chat, enfin c'est une, enfin bon, tu voix, quoi..."
C'est pourtant moins long, mais bon.
Toujours est-il, j'arrête pas de le prendre en photo. En numérique, c'est moins cher.
Outre la page de remerciements sur mon site et le médaillon en ouverture, en voici un exemple :
On dirait qu'elle est tétanisée. Ca fait tout bizarre.
Ca me fait flipper, dis...
25 novembre 2005
Quand les enfants deviennent des filles...
L'autre jour, je montrais à un copain des photos de famille. Sur l'une d'entre elles figurait ma nièce, qui entre dans l'adolescence avec resplendissance.
Le copain, jusque là peu disert quand à la qualité des photos et des gens dedans, a soudainement marmonné "tiens, elle est jolie, ta nièce".
Et moi d'acquiescer énergiquement, pas peu fier d'avoir un peu de patrimoine génétique en commun avec les plus belles nièces du monde.
Jusque là, je dois dire que mon cerveau roulait en roue libre. Mais il y eu un "crac", et la chaîne a agrippé une des dents du pignon de la troisième.
Le copain est un célibataire endurci qui a l'amusante et récréative habitude de draguer au sens originel du terme (long filet étendu derrière lui en espérant dénicher une sirène parmi les morues).
Du coup, ça a fait le "sgouiss" caractéristique du premier pignon.
Je n'avais pas encore vu les choses sous cet angle. Ou alors, j'avais refusé de le voir.
Et je dois dire que ça me choque. Et me fait comprendre la tendance qu'on certaines personnes a vouloir offrir des burkas à leurs filles.
Le copain a décelé mon embarras d'oncle en forme d'yeux noirs et de machoire serrée.
"Attends, du calme, je dis ça comme ça, et puis j'attendrai d'avoir 40 ans pour sortir avec une fille de quinze ans plus jeune que moi!"
Curieusement, sa réponse ne m'a pas satisfait.
Cependant, je me suis dit, pendant que je tenais sa tête dans la cuvette des toilettes dans laquelle j'avais copieusement pissé mes quinze précédentes bières, que je vivais peut être là une expérience troublante en avance de quelques années.
En effet, il se trouve que je m'évertue en bonne compagnie à enfanter. Et qu'il se pourrait que si tout se passe bien un premier essai soit transformé d'ici peu.
Il paraît que ça ressemble à une virgule d'un centimètre de long, que ça cherche désespérement à s'accrocher quelque part (d'où l'angoisse du gardien de but au moment du penalty), et que ça a déjà un petit coeur qui fait doune doune.
Quand je me vois déjà tout emoustillé à la pensée d'un truc à peine plus long qu'une agraphe, je m'imagine pas dans les prochaines semaines, les prochains mois, les prochaines années, ou alors comme un type anxieux en permanence.
Cette virgule fait déjà partie de la phrase de ma vie, pardon, j'avais envie de la faire, celle là...
Broyant les testicules de mon ancien camarade de classe, je me mis à penser aux miens, de parents.
La vie d'un parent, ça doit être quelque chose, c'est un fait entendu. Comment ils font, les parents de ma nièce ? Repèrent-ils les salauds qui là ne savent faire que "bloug bloug" dans la cuvette des chiottes mais qui sinon seraient capables de considérer, d'estimer, voire même, ô horreur, de penser ?
J'ai souvenir d'une soirée qu'organisait cette même nièce, genre pyjama party, avec des copines et des copains du collège. Le père s'est montré très ouvert, très sympathique, très courtois, et très empressé de refaire entièrement l'électricité dans la chambre voisine de la chambre de sa fille à une heure du matin.
Lâche. Moi, j'aurais carrément refait le mur.
Mais, arrachant pensivement les piercings du pote (la honte, à presque trente berges, et en plus, ils sont tout neuf !), je me demandais où j'avais mis le sel (c'est bien, sur les blessures, le sel) et si la subjectivité était bien juste et équitable.
Je comprends le désarroi de l'adolescente quand, mettant le petit gilet échancré de l'année d'avant mais qui la serre un peu maintenant là où avant y avait rien ou si peu, et se demande pourquoi plus personne ne la regarde dans les yeux.
Mais considérez mon désarroi à moi, qui me demande pourquoi plus personne, en effet, et encore moins celui qui commence à baver tout rouge, ne la regarde plus dans les yeux. Pourquoi personne ne pense à jouer à gazou gazou avec elle sans que ça ressemble à du second degré ? Et il est où, le doudou ? Houp, caché ! Oh, il est là ! Bon, t'as quinze ans passés, mais on va pas se laisser faire par l'objectivité, hein ?
Ceci dit, faut peut être accepter de vieillir un peu, et se dire que les gens changent plus vite à c't'âge là et plein d'autres platitudes qui font chier. En plus, je vais probablement être père. Sans aller jusqu'à payer l'appart du petit dès ses deux ans, il va falloir accepter que la virgule aille ponctuer d'autres phrases (tiens, elle est pas mal non plus, celle-là...).
Et puis, après tout, 15 ans, c'était l'âge de mes premières éclosions et de mes premières cerises...
Alors bon.
C'était juste un manque d'objectivité. Avant que les ambulanciers l'emmènent, j'ai dit à mon pote que je ne lui en voulais pas.
C'est humain, et je ne suis qu'un oncle.
(...)
En tous cas, il aura compris!
11 mars 2005
Je suis un salaud pathétique.
Une crevure égoïste, qui ne recherche que la satisfaction minable d’avoir un ego aromatisé à la fraise.
Un minable paumé qui abuse de la détresse d’un monde qui s’enferme dans la solitude comme dans une tour d’ivoire.
Un profiteur sans remord de la seule alternative usée de nos jours au repli communautaire : l’individualisme connecté au Tout (concomitant au Rien, comme l’explique si bien un philosophe dont j’ai non seulement oublié le nom, mais aussi l’existence. Ou alors, il était allemand).
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Ou bien un gogo comme tout le monde qui fait mumuse avec l’ADSL. Y en a bien qui vont sur Ebay…
Mais ce n’est qu’un simple pêcher d’orgueil, Georges. Une toute petite satisfaction sans conséquence. Tiens, même, plus je suis marié, moins je pratique cet onanisme séductif.
Voilà : je suis avec ma merveilleuse et aimée depuis, quoi, trois ans ? Pourtant, je me suis inscris sur un site de rencontres.
Je me suis marié, depuis, mais je n’ai toujours pas résilié mon inscription.
Entendons nous bien, ça n’est pas le singe qui a toujours une branche de rechange, ni la caricature de l’homme marié qui a un œil qui dit merde à l’autre à force de regarder du coin de l’œil. Je comprends toutefois cette envie typiquement masculine, peut être un brin tinté du fantasme polygamique, de rêver d’autres paysages sans désirer de conséquence. S’organiser des parenthèses de vie, histoire de se faire un peu peur, de s’imaginer sans cette sécurité qu’apporte le Couple.
Ca reste pour moi de l’ordre de l’imaginaire, le regard d’une passagère de transport collectif, le sourire discret de celle qu’on croise tous les jours sur le chemin du boulot…
Mais bon, ça, encore, ça reste innocent et romantique. Alors que les sites de rencontre…
Pour tout dire, au début, ça avait un coté Argus. Pas le Dieu, le journal. Non, je confonds avec Argos. Qui d’ailleurs n’est pas un Dieu mais une ville. Enfin bon.
Disons que, envahit malgré moi par l’ambiance « extension du domaine de la lutte », je voulais savoir quelle était ma cote.
Bon, pour tout dire, pour moi, c’est 500. C’est très mathématique, c’est mon coefficient séduction.
C’est très sérieux : vous prenez la statistique générale, vous la divisez par le nombre de contacts appuyés, que vous divisez par le nombre de contacts effectués, et multipliez par le nombre d’essais transformés.
Moi, je sais pas, mais 500, c’est bien, je suis content.
Bon, évidemment, les dés sont pipés. Je mens. Je sous-entend que je suis à la recherche de l’âme sœur, alors que j’ai déjà un coefficient 3 en âme sœurs (nombre de sœurs multiplié par nombre d’âmes. J’ai trois sœurs et une âme).
J’y ai pensé, et j’ai voulu changer mon annonce, dans un élan de « quand même c’est pas bien ». J’ai voulu dire que j’étais marié, que je ne cherchais rien d’autre que des conversations sans importance, des jeux de bille dans la cour de récréation.
Mais, quelques jours plus tard, les gens pleins de moralité du site de rencontre m’ont informé qu’ils ne pouvaient publier mon annonce car elle ne « correspondait pas à l’éthique de leur organisation ».
Bon. Méditant sur le sens de cette éthique, je continue mon jeu sans importance. Jusqu’à ce que la jeune fille du métro me ramène aux douces réalités : c’est quand même mieux de rêvasser en vrai…
24 février 2005
Le sexe appliqué à l'état civil
Je me suis marié.
Ce sont des choses qui arrivent. C'est une chose incontrôlable, on a l'impression d'avoir chopé un train qui roule à toute berzingue on ne sait vers quoi.
Un peu comme la vie, sauf que là, on est deux à partager les commandes.
Il paraît qu'avec des gamins, c'est encore pire. "Non, ce n'est pas un hochet, c'est le levier de vitesse, sale gosse !"
Faut que je contrôle les pillules de ma cop... de mon épouse (du mal à m'y faire).
A côté de ce grand "ça", y a des tas de petits ça merveilleux. Les amis souriants, le sourire de mon épouse, le sourire niais que je dois arborer aussi... Bon, y a aussi un grand "ça" vachement bien, qui semble couler dans vos veines comme une liqueur (non, ce n'est pas le cognac).
Mais y a un petit ça qui m'énerve.
La bague.
Ca démange, ce truc, c'est incroyable. Je suis sûr que je vais faire de l'eczema.
Sinon, y a une autre chose de très bien : le regard des autres femmes.
Depuis que j'ai cette bague, ou après que je mentionne "mon épouse", j'ai l'impression que les femmes de la vie quotidienne (la guichetière de la poste, l'hôtesse de l'aéroport, même la contractuelle) sont plus gentilles, plus confiantes, moins sur leurs gardes. Comme si je portais l'estampille "produit potentiellement dangeureux maîtrisé". Incroyable.
Bon, commencer une page sur les femmes par mon mariage pourrait rebuter certains, mais je tâcherai d'être plus universaliste la prochaine fois.

