Quand je ne la ferme pas, je l'ouvre.

Je suis un glaneur de sons. J'enregistre tout et n'importe quoi. Et quand je n'enregistre rien, je cause. A ma femme, ou ici, selon les disponibilités...

21 octobre 2007

J'y suis, j'y reste !

Ayé, ma fille, mon épouse, et moi-même, on a emménagé aux Etats Unis !
Ca pète la classe, hein ?
Bon, en même temps, on est dans le Kansas. J'avais dit à ma femme d'essayer de nous mettre dans l'Illinois (Chicago), dans la Californie (la bien, celle du nord, celle de San Fransisco) ou même dans l'état de Washington (Seattle), mais bon. La proximité géographique de beau-papa et belle-maman a été un argument décisif, et pouf, on se retrouve dans une petite ville mi-étudiante, mi-militaire (y a une grande université avec plein d'étudiants qui picolent et une grande base militaire qui fait des essais d'artillerie deux nuits par semaine, ça donne une idée de l'ambiance...), qui s'appele Manhattan, qui se surnomme "Little Apple" (au moins, ils ont de l'humour).
Alors, on a acheté une maison (venant de Lyon, j'ai eu l'impression qu'on l'a eu pour trois fois rien, le prix de la moitié d'un studio sur les pentes de la Croix Rousse), et on s'installe petit à petit.
Evidemment, on a eu quelques occasions de déchanter un peu au début (maintenant, ça va mieux). D'abord, quand j'au vu le salaire sur le contrat de travail de ma femme, j'ai dit "Champagne!"... Puis vint la première feuille de paie. Aïe. Comme dit un voisin, "they do need our money for their war". Ah c'est clair que vingt pourcents de taxes dans les dents, on revoie sa liste de noël à la baisse. Dommage, je me voyais déjà avec des Shoeps dans les six mois. Pas grave, me disais-je, je me contenterai de Neumann dans un premier temps.
Puis est venue la question de l'assurance maladie. Moi, bêtement, je réflechissai en bon p'tit français habitué à la Sécu, j'avais calculé par rapport à ce que payait ma femme en tant qu'indépendante (600 par trimestre, 300 pour l'URSSAF, 300 pour la sécu)...
Hé ben, en éxagérant à peine, ici, les trimestres, ils font un mois. Aïe.
Bon, ben, les Neuman, euh...
Déjà qu'ici, la consultation d'un généraliste, c'est plus de 80 dollars, remboursés partiellement même avec la meilleure assurance... C'est clair que tu fais attention à prendre une écharpe dès qu'il fait un peu froid...
Ca a élargit ma compréhension des problèmes du système d'assurance maladie aux Etats Unis (avant, je me disais qu'il y avait des dysfonctionnements; maintenant, je sais que c'est simplement de la merde chère et peu efficace). Plus basiquement, avec ma femme, on s'est dit que les Etats Unis, c'était quand même une méga arnaque qui te fait miroiter plein d'opportunités... A condition de gagner plus de 50000 par an (notre esimation d'un minimum pour bien vivre; en France, on avait estimé ce minimum à 30000 euros par an, c'est dire...).
Bon, passé les moments d'énervement et de désespoir, on a quand même découvert qu'il y a avait moyen de réduire un peu ces factures, et d'au moins être capable de vivre correctement avec un seul salaire.
Ah ceux qui dirait "ben t'as qu'à travailler, toi !", écho au "Get a job" qu'on entend tout le temps par ici, je rappelle que j'ai une fille en bas âge, un niveau d'anglais très améliorable, et une maison à entretenir. Ouaip, je suis un "Desperate Housewife"...
Bon, c'est pas bien, je n'ai fait que râler sur les Etats Unis. Et encore, je n'ai pas mentionné la pénurie de camembert au lait cru, de vrai chocolat, et de l'ambiance "pays de l'Est" qui te saute aux yeux quand tu passes dans le rayon lingerie féminine des supermarchés. Sérieux, ma grand mère trouverait leurs soutien-gorges trop prudes...
Mais y a des points positifs. Quand j'ai vu la rapidité à laquelle j'ai obtenu un residence permit de dix ans, avec lettres de bienvenue et documentation en français, je me suis dit, tiens, ça nous change de la Préfecture du Rhône... Quand j'ai appelé leur "consumer service" pour prévenir que j'avais changé d'adresse, c'est une demoiselle très gentille qui m'a répondu que c'était pas grave, juste un petit formulaire à remplir sur Internet, j'espère vous avoir été utile et agréable, passez une magnifique journée, monsieur.
Si ça continue, je vais appeler les services de l'immigration pour le plaisir, moi !
Les esprits chagrins diraient que c'est parce que je suis un bon p'tit blanc, que ça pose pas problème... Figurez-vous que j'en ai discuté avec la bonne femme qui nous a loué le camion pour déménager, et qu'elle confirmait qu'on se sentait accueillit, qu'elle avait eu une expérience assez différente avec l'Allemagne, dans laquelle elle avait voulu séjourner uniquement six mois, et que, oui, malgré les murs le long de la frontière mexicaine, ce qu'il y a écrit sur la Statue de la Liberté est encore dans les têtes...
La bonne femme en question était Iranienne, voilée de la tête aux pieds, et ça ne dérange personne...
Je ne dis pas que c'est le paradis pour les non-mariés à un américain, mais bon, connaissant l'exemple de la France, ça donne à relativiser...
Bon.
J'ai dit trop de bien, faut que je me remette à râler.
Le taux d'emploi est ici infiniment supérieur à celui de l'Europe, nous dit-on. Je confirme. Les flics s'occupent en mettant des contraventions aux voitures garées dans le sens inverse de la circulation, même dans une petite rue (remarques, une copine a déjà reçu une amende en France pour avoir traversé hors d'un passage piéton...). Quand tu vas au supermarché (qui, le plus souvent, est ouvert 24/24 et 7/7), y quelqu'un pour mettre tes courses dans les sacs et amener ton caddie à ta voiture. Le boulot de placier dans les cinémas existe encore aux Etats Unis. Ca semble merveilleux, tous ces gens qui ont un emploi bon d'accord pas très valorisant mais quand même, sauf que, confère plus haut, je rappelle que le salaire minimal est de sept dollars. Brut. Sans assurance maladie.
Je suis parti de France en étant plutôt Vert, plutôt social-démocrate. Je vais revenir Rouge Pêtant...
Bon.
J'ai bien râlé, faut que je dise du bien.
Les gens sont gentils et souriants, toujours prêts à taper la tchatche. Quand tu veux traverser la rue avec ta fille dans les bras, les voitures s'arrêtent avant que tu te sois engagé, la vitre descend et les gens disent "oh she's so cute !". C'est vrai que ma fille est adorable, mais quand même. Bon, je suis déjà aussi tombé sur des paranoïaques et des têtes de cons, mais ça reste des exceptions, quand même. Une bonne femme qui voulait appeler la police parce que j'étais rentré par erreur dans les toilettes des femmes. Une autre qui a crié au harcèlement parce que je m'étais avancé pour l'aider à mettre un truc encombrant dans son charriot, au supermarché. A chaque fois, les gars de la sécurité, appelés à grands cris, m'ont confirmé du coin de l'oeil qu'on avait affaire à des échappés de l'asile, et je m'en suis sorti avec les excuses de la direction, alors...
(...)
J'ai bien encore d'autres trucs sur lesquels râler, mais là, y a un équilibre, alors je vais en rester là, pour le moment.
Ah, j'oubliais : si quelqu'un pouvais passer le mot à VOTRE président (je ne souhaite en assumer aucun des deux pays), qu'il arrête de se faire filmer complètement bourré après des rencontres avec des présidents russes (vu l'état dans lequel il était, il devait en avoir vu douze à la fois). Depuis que je suis ici, dès qu'on apprend que je suis français, j'ai droit à "t'as vu la vidéo sur YouTube ?". C'est déjà assez humiliant comme ça de l'avoir pour président, faudrait pas qu'il en rajoute...
Bon, je retourne faire mon jardin avant l'hiver continental qui va bientôt nous tomber dessus...



08 mars 2005

Le jour le plus "Et merde..."

Petit souvenir d'un certain mois de novembre.

Il ne faisait pas très beau. Ma dulcinée ne parlait pas trop, un brin renfermée dans un mutisme boudeur qui lui est particulier. Le genre de moue qu'on croie que c'est pour de rire, mais on ferait mieux de ne pas.

Moi, j'avais un goût de tabac dans ma bouche sèche, et les yeux vrillés. Typique d'une nuit passée devant la télé. Mauvais plan. La dernière fois que j'avais fait ça, c'était pour regarder la saison trois entière de "24". Avec en sus la paranoïa qui me fit me poser la question pendant une journée de qui avait prit le cachet d'Advil manquant dans la boîte que je supposais neuve. Et de soupçonner Zarbie, mon chat, d'être un agent du Mossad. J'en veux par ailleurs pour preuve qu'elle refuse de bouffer les restes de lardons.

Mais je m'égare.

Nous roulions dans notre voiture, moitié épuisés par une gueule de bois sans alcool, moitié par l'attention incessante portée aux petits bruits de la voiture possiblement aventureurs de "hé merde, ça marche plus" en pleine Corèze.

Puis la prunelle de mon coeur (ça veut rien dire, ça) parla.

Ou plutôt ex-parla. Comme dans ex-hulter. La parole qui sort littérallement de la bouche comme si elle venait du plus profond des entrailles, s'était amassée là en une boule compacte et incandescente, avant d'être éruptée (j'érupte, tu éruptes, etc.) sans les signes avant coureurs usuels (pluie de cendres, boue dans l'eau potable, petits séïsmes).

"God, I must say, Lincoln was just fucking wrong !"

(Début novembre 2004, route en Corèze. Moi BX noire. Toi Twingo verte. Désolée pour l'embardée que j'ai fait pendant que tu doublais)

Ma première réaction fut "Hein ?". La deuxième fut "Quoi ?". Les trois réactions suivantes oscilèrent entre la stupeur, l'étonnement et la stupéfaction ("Nouveau dictionnaire des synonymes", édition Larousse, je le conseille).

Puis je fis le lien. En ce gris matin de novembre (ou peut être était il ensoleillé, mais il était gris dans nos coeurs, s'pas...), Georges était repassé. Pour quatre ans. Et c'était, réalisais-je à la lumière stupéfiante de la déclaration liminaire de ma tendre et douce, sauf un lendemain de mauvaise élection, un peu comme si une nouvelle guerre de sécession se faisait outre Atlantique. Du moins dans les esprits.

Vous me direz que j'ai l'esprit vif, de passer de l'étonnement (non, en fait, il est nul, ce dictionnaire des synonymes) à la réflexion historio-socio-politique.

En fait, non. Ca couvait, ce truc. Depuis que j'avais émis l'hypothèse, devant ma belle famille du Wisconsin, d'aller faire un tour dans le sud, et que la réaction avait été "You don't want to go South !", je m'étais fait une idée assez précise du fossé qui sépare encore de nos jours ceux du sud et ceux du nord. Et si c'est le sud qui gouverne (vous avez vu où ils sont, ces "red states" ?), nécessairement, le nord (fausse appélation, en fait, ça serait plutôt les côtes) est frustré. Même cas de figure dans la réciproque.

C'est pourquoi l'idée que Lincoln avait peut-être tord n'est pas si absurde au yeux de ceux qui en ont pris pour quatre ans. Peut-être auraient-ils dû faire deux états indépendants, avant de se mettre sur la gueule comme tout le monde au vingtième siècle ? Y a pas de raison.

Autre indice : saviez-vous qu'il existe un parti dans le Vermont, assez bien représenté (dans les 10 - 15%), qui promet comme première mesure électorale l'indépendance de cet état ? Vous me diriez, c'est un peu comme chez nous, la Corse, la Bretagne... Mais, géographiquement et historiquement, c'est plutôt comme si le Poitou déclarait son indépendance. De quoi laisser rêveur.

Alors, logiquement, quelques jours après, je recevais un email d'un ami de New York, en réponse à mes condoléances, dans lequel il me conseillait d'aller jeter un oeil sur ce site : http://www.fuckthesouth.com/

C'est très réducteur, mais apparemment, ça leur fait du bien...

 

Sinon, moi, depuis ce jour, j'ai consulté un othorino, et ça va mieux, merci.

24 février 2005

Les clichés

Ces temps-ci, on voit beaucoup de reportages ou de documentaires sur ce pays qu'on considère à tort comme le pays de Georges. J'en ai regardé 2 ou 3, sur Arte, qui est sensée donner des documentaires bien faits et point trop ethnocentriques (because double nationalité). Ca le fait le plus souvent, mais pas toujours.

Oh, c'est sur des détails, mais c'est agaçant.

Dans le moindre petit bout de reportage, vous verrez ces images apparaître:

- un couple de gros entrant ou sortant d'un "dinner"

- une grande avenue dans une zone commerciale

- 8 fois sur 10, Lexington Ave., à New York, avec des gens qui marchent. Les deux autres fois, c'est Time Square

Avec, en option, quelques afro-américains assis devant une devanture de magasin fermé (Harlem), un Humvee qui passe, et, si on va vers le sud, un vieux avec un chapeau de cowboy, une route qui traverse le désert (avec les os de vache qui blanchissent au soleil), ou encore un gamin de 10 ans tirant à la carabine à plombs.

Je suis pas forcément très objectif, mais c'est un peu chiant, l'utilisation de ces clichés.

Remarque, dans l'autre sens ça marche aussi. Même si la télévision américaine parle peu de l'étranger, j'ai quand même vu l'équivalent pour la France : une petite rue pavée, une église, une brasserie, les Champs Elysées, une 2CV, un p'tit vieux à gapette...

Là où je trouve que c'est dommage, c'est qu'on perd, avec ces clichés, la valeur d'une critique. Ca vient peut être du problème de l'image, on peut pas faire de pause image pendant le commentaire, faut boucher les trous avec de l'illustratif reconnaissable.

Mais ça me rappelle les réactions du public après le visionnage de "Bowling for Columbine": ils sont fous ces américains. Réaction gauloise de base. Pas capable de voir la poutre dans notre propre oeil. Pourtant, en 2002, les thèmes tels que l'utilisation médiatique de l'insécurité, de la peur pour faire passer des idées réactionnaires, ça devrait sonner quelques cloches dans nos p'tites têtes bleu blanc rouge, non ?

M'enfin bon, je ne veux pas ajouter du grain à moudre à qui dénonce un "anti-américanisme" un peu fantasmé. Plutôt regretter l'ignorance et l'ethnocentrisme.

Je tâcherais de lister des examples.

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